Evénement : Hugues Micol dégaine sa BD Scalp au Tome 47 vendredi 21 avril 18h

Votre serviteur a eu l’opportunité en début d’année de tenir une (très courte) chronique sur France Culture diffusée pour le festival d’Angoulème (émission Le Temps des Ecrivains).
Mon choix s’était porté sur la remarquable bande dessinée Scalp (éditions Futuropolis) d’Hugues Micol.


La chronique démarre à 54mn35

Interview d’Hugues Micol (Paso doble, le grand entretien de l’actualité culturelle)

C’est avec un immense plaisir que Le Tome 47 poursuit son travail de diffusion en recevant

Hugues Micol à la librairie vendredi 21 avril dès 18h.

Scalp ?

Depuis le début des années 2000, Hugues Micol trace inlassablement sa route dans le milieu de la bande dessinée. Avec une vingtaine d’ouvrages à son actif, ce diplômé des arts graphiques de Paris, (1988) a su gagner discrètement mais sûrement la reconnaissance de ses pairs.(nomination pour l’Alph’Art Jeune Espoir 2001 à Angoulême, et pour le prix du Meilleur Dessin lors de l’édition 2004). Deux grands thèmes récurrents dans ses ouvrages que l’on retrouve à leur apothéose dans Scalp : celui du western et celui de son amour pour le verbe dans sa narration graphique (avec ou sans texte). Posé, réfléchi, virtuose, un univers sombre et implacable, Scalp pourrait bien être son album de maturité, reconnu par le grand public.

Toute fiction s’incarne dans trois dimensions : le lieu, le temps, l’action. Scalp n’échappe pas à la règle…

Etats-Unis -1830 / 1850 : scènes de vie du funeste porte flingueJohn Glanton.

30 ans avant la naissance des Etats Unis d’Amérique, surgissent de fortes tensions dans le pays (territoriales, économiques…), qui déboucheront sur de nombreux conflits ; guerre contre les mexicains, contre les indiens et finalement en apothéose, guerre de sécession (conflit hors norme , fratricide, sanglant sur lequel est née l’Amérique moderne).

Micol nous propose de suivre dans ces temps troublés la naissance et la vie de John Glanton sur 20 ans a travers de courtes scènes. Porte flingues sans foi ni loi, Glanton et ses acolytes ont oeuvré notamment à l’éradication des indiens du Texas. A chaque scalps d’hommes, de femmes et d’enfants un salaire. Des cavaliers de l’Apocalypse sans foi ni loi, qui ont semé l’effroi la terreur et la mort partout où ils allaient. Des exactions et des tortures malgré tout parfois trop gênantes pour les autorités qui les avaient engagées et qui ont du les obliger à fuir et à errer tel des hyènes affamées.

Au premier abord le lecteur peut avoir l’impression d’avoir affaire à un récit historique somme toute assez banal dans sa construction linéaire, servi néanmoins par un dessin en noir et blanc, extrêmement vif, soigné, précis, magistral. Mais intuitivement le lecteur attentif ressent un problème dans cette analyse : pourquoi ces 20 années découpées en tanche et qui empêchent le lecteur de s’installer dans un récit au long cours tel un Corto Maltese ?,Pourquoi ces personnages parfois un peu disproportionnés ? Pourquoi ces grosses têtes, ces petits corps qui viennent dénaturer un style réaliste .
Et si ces éléments étaient autant d’indices qui nous montreraient que Micol ne souhaite pas tant nous raconter la vie de Glanton mais ce qu’elle suggère, ce qu’elle implque ?

Le récit démarre par la fable suivante :

Autrefois vivaient trois compères, trois compagnons de débauche, férus de jeu et d’ivresse, blasphémateurs…
Un soir ils apprennent la mort accidentelle d’un de leurs proches amis. Emportés par l’alcool et la colère ils décident de le venger… Il se jurent de tuer la mort. Ils partent cette nuit-là à sa recherche…
Sur leur chemin ils croisent un vieil homme qui leur désigne un vieux chêne comme le lieu où se cache la mort …
Arrivés au pied de l’arbre, les compères découvrent un coffre débordant de pièces d’or. Eblouis par le trésor ils en oublient la mort et décident de passer la nuit à veiller leur magot ^pour l’emporter le lendemain…ils tirent à la courte paille qui ira en ville ravitailler la petite troupe, en pain et en vin… Le plus jeune est désigné… Très vite l’avidité s’empare des trois
Les deux ainés s’accordent pour tuer leur comparse dès son retour tandis que ce dernier se décide de verser du poison dans le ravitaillement…
Aussitôt de retour, le benjamin est assassiné…
Les deux meurtriers célèbrent leur méfait en festoyant du pain et du vin rapportés par leur victime… et périssent après une lente et douloureuse agonie.
« Radix malorum est cupiditas » la cupidité est la racine de tous les maux. Timothée 6.10
Il faut vivre humblement fils conformément aux saintes écritures et toujours dans la crainte de Dieu autrement l’enfer t’attend, une éternité de souffrance et de désolation.

Quand on y regarde bien, il est difficile de ne pas faire un rapprochement entre cette fable et le récit de la vie de Glanton. Il ne s’agit pas pour Micol de dresser cette vie à la hauteur des légendes de l’Ouest sur lesquelles se sont bâties les Etats Unis d’Amérique (Blueberry,Lucky Luke, Le Bon La Brute et Le Truand, Mac Carthy, Twain…), ni d’en faire un récit d’historien. Non, Micol, à l’image de la fable d’introduction pourrait bien faire de son récit une allégorie géante vue à travers le prisme de la tragédie antique.

unité de lieu ? le Texas, les Etats Unis ou l’Enfer ?
unité de temps ? 30 ans avant la Guerre de Sécession ou l’Eternité
unité d’action ? porte flingue tortionnaire ou malédiction familiale voire antique

En déconstruisant les codes du western, et en se les réappropriant sous le prisme de la tragédie (Goya, Doré…) Micol nous offre une histoire des Etats Unis épique, homérique et d’une actualité déconcertante. De quoi Trump est-il le nom si ce n’est de cette histoire ?

Où sommes-nous ?


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Le plus simple pour venir au Tome 47 de Paris reste le RER C. Attention, bien vérifier que la gare de Virty est desservie (« Mona » ou « ROMI »). Descendre à l’arrêt « Vitry-sur-Seine ». Après il y a 15mn de marche à pied : remonter toute la rue Paul Vaillant Couturier ; au bout traverser le boulevard et prendre la rue pavée : avenue guy môquet) – nous sommes au 47. Possibilité aussi de prendre le bus 180 à la sortie du RER (descendre à Eglise de Vitry-sur-Seine) : en face de l’église prendre la rue Danielle Casanova, puis 1ère à droite : avenue Guy Môquet…

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